independent curator, art editor & writer

Botanique Sous Influence

Février-Mars 2016
Publié dans le 32e numéro de Diptyk

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Et si la nature était plus « artificielle » qu’on ne le pense ? En septembre prochain, une exposition repense la flore par les œuvres d’artistes explorant les liens entre botanique, colonisation et indépendances.

Dans le cadre du prix 2016 pour les apexart Unsolicited Proposal Program Winner, l'exposition se tiendra du 7 septembre au 22 octobre 2016 à apexart, 291 Church Street, New York.

Kapwani Kiwanga, Flowers for Africa: Nigeria, 2014
Kapwani Kiwanga, Flowers for Africa: Nigeria, 2014, fleurs naturelles, rubans, protocole, 50 x 40 cm. Coll. Fondation Nomas - Rome. Courtesy de l'artiste et de la Galerie Jérôme Poggi (Paris) © Aurélien Mole

En dépit des apparences, la nature n’est pas isolée des réseaux complexes qui sous-tendent les relations politiques, économiques et diplomatiques globales. Les plantes, fleurs et semences ne sont pas exclues de ces forces. Au contraire, elles sont imbriquées dans l’histoire esclavagiste, coloniale, ou encore capitaliste du monde. En prenant comme point de départ la nature construite de la flore, l’exposition « Botany Under Influence » cherche à comprendre comment les exportations de ressources naturelles ont affecté les structures de pouvoir de divers pays. Cette friction entre nature et politique inspire plusieurs artistes visuels qui nous entraînent dans des zones négligées de l’histoire universelle passée et actuelle.

Joscelyn Gardner, Aristolochia Bilobala (Nimine), from the series Creole Portraits III, 2009-2011
Joscelyn Gardner, Aristolochia Bilobala (Nimine), from the series Creole Portraits III, 2009-2011. Courtesy de l'artiste

Dès le 15e siècle, les empires coloniaux fondent leur richesse sur le pillage systématique des ressources du « Nouveau Monde » : exportation de minéraux ou plantes, introduction de nouvelles espèces en Occident (tomate, maïs, eucalyptus, etc.). On oublie pourtant souvent les expéditions naturalistes des 17-19e siècles qui ont quadrillé l’Amérique, l’Asie ou l’Australie pour classifier la flore indigène selon les standards occidentaux. Fasciné par cela, Alberto Baraya (Colombie) reproduit les voyages de ces botanistes dans Herbarium of Artificial Plants. Il crée un inventaire fictif, collectant et classifiant de faux spécimens de plantes en plastique, papier ou tissu. Par cette mise en scène parodique, il dénonce les dangers de la taxinomie et révèle les intentions économiques et politiques que les colons cachaient derrière des objectifs scientifiques. La domination de la flore devient vite un enjeu de pouvoir et un prélude à la conquête territoriale et à des politiques esclavagistes, comme dans les plantations des Caraïbes. Joscelyn Gardner (La Barbade) s’intéresse aux oublis de l’histoire officielle qui exclut de ses récits les esclaves abusées sexuellement par leurs maîtres et interdites d’avortement. Malgré cela, secrètement, ces femmes se servaient de plantes abortives que Gardner représente dans ses lithographies Creole Portraits III, en les emmêlant dans les instruments de torture utilisés pour punir ces femmes de leur acte.

Retrouvez l'article dans le Diptyk N°32.

© Clelia Coussonnet